Association Universelle des Amis de Jeanne d'Arc



Adresse : 85 rue Petit - 75019 Paris


Email : mairep@gmx.fr


Tél. : 06.80.72.72.77

Fondée en 1953.

Le général Weygand en assure dès le début, une présidence d'honneur active et efficace.

 

But de l'association

Présenter une image complète et exacte de Jeanne d'Arc dans un esprit strictement culturel

Son action Recherche, Diffusion Liaison avec les pays étrangers


Un modèle de Sainteté: Foi et intrépidité

Monseigneur Gegout était président de l’œuvre de saint François de Sales. Lors de la messe d’ouverture du VIIème congrès de la Cité Catholique, en 1956, il fit un sermon dont Jeanne d’Arc était le sujet central. Nous sommes heureux de reproduire ici ce texte qui permet de mieux saisir en quoi la sainteté de Jeanne est un modèle spirituel pour notre vie de chrétiens.


Une leçon de foi d’abord : une leçon de foi en la royauté de Jésus-Christ.

Remarquons-le bien, en effet : la France que Dieu a voulu sauver par Jeanne, ce n’est pas seulement une terre, un pays, avec ses plaines, ses montagnes, ses horizons, son climat ; ce n’est pas seulement une patrie contenue entre des frontières, avec ses provinces, ses villes, ses richesses, ce n’est pas seulement non plus un peuple, une race, avec ses mœurs, sa civilisation... Une telle France, considérée ainsi, uniquement d’un angle humain, n’eut pas mérité plus qu’une autre nation une intervention miraculeuse de Dieu... La France que Dieu a voulu sauver par Jeanne, c’est, considérée sous l’angle de la foi, une terre, un peuple, une race qui, par son passé et par ses promesses d’avenir, était particulièrement apte à être une terre, un peuple, une race de chrétienté.

a) Et c’est bien ainsi que Jeanne, dès avant ses révélations, dans sa simple foi de petite enfant chrétienne, a compris la France.

La France, pour elle, c’est une grande paroisse, c’est une immense multitude de paroisses, semblables à la paroisse de Domremy, où, au milieu des maisons des hommes, s’élève la maison de Dieu... La France, c’est une paroisse où, à leur naissance, tous les petits enfants reçoivent sur leur front l’eau du baptême, comme elle l’a reçue en ce lendemain de l’Épiphanie de 1412, des mains de messire Jean Minet... La France, c’est une paroisse où ces mêmes enfants apprennent de leur mère leur croyance et leurs prières, comme elle les a apprises d’Isabelle Romée, sa douce mère ; où, un jour, ils font leur première communion, comme elle l’a faite, un matin de printemps, dans l’église en fête...

La France, c’est une paroisse où les petites filles mènent leurs rondes joyeuses autour de quelque arbre des fées, comme il y en a un vers le Bois-Chesnu, mais où elles vont

aussi offrir des fleurs et des couronnes à la Vierge, comme elle en offre souvent à Notre-Dame de Bermont... La France, c’est une paroisse où, trois fois le jour, à l’heure de l’Angélus, les cloches prient et invitent à la prière ; où, le dimanche et les jours de fête, elles appellent à la messe et aux vêpres tous les bons chrétiens qui s’empressent, comme en ce loyal pays de Lorraine... La France, c’est une paroisse où l’on travaille les six autres jours de la semaine, où on laboure une terre ici assez rude, mais généreuse au temps des moissons... Une paroisse où l’on s’estime, où l’on s’aime, où l’on s’aide entre voisins... Où un jour, la tâche accomplie, on s’endort en paix, avec les sacrements de notre mère Église qui ouvrent le ciel. Oui, C’est cela la France, pour Jeanne, une grande paroisse, une bonne terre de chrétienté.

b) Et voici maintenant ce que vont lui apprendre ses Voix. D’abord, et pendant longtemps, rien d’extraordinaire, rien que cette chose très simple et qui va de soi sur une bonne terre de chrétienté : qu’elle soit elle-même une bonne chrétienne... Que lui dit saint Michel, lorsqu’il lui apparaît, en cette veille de l’Ascension, à l’Angelus de midi, du côté de l’église? Seulement ceci : « Jeanne, petite Jeanne, sois bonne, sois pieuse. Aime le Seigneur Dieu. Va souvent à l’église ». Et que viennent faire sainte Catherine et sainte Marguerite, qui descendent souvent du ciel pour lui parler : elles lui enseignent à se bien gouverner.

Mais un jour ses Voix lui en diront davantage. Elles lui parleront des malheurs de la France. Elles lui apprendront que cette France appartient au Roi du ciel, que ce Roi veille sur son royaume, qu’il veut le délivrer de ses ennemis, et que c’est elle qui sera l’instrument de ses desseins... Enfin : « Va, fille de Dieu! Va vers le dauphin! Va délivrer Orléans! Va faire sacrer le roi à Reims! Va, Dieu te sera en aide! ».

La voilà, la grande révélation, la voix du ciel corroborant la foi de Jeanne : la France, c’est le royaume de Jésus-Christ. C’est cette vue de la foi qui va inspirer toute la conduite de Jeanne, et sa tactique, et son ardeur, et ses vertus.

C’est parce que la France est le royaume de Jésus-Christ qu’elle demande au dauphin de lui donner, pour bouter l’ennemi dehors, non pas une grande armée, mais seulement une petite troupe, car : « les hommes d’armes combattront, mais c’est Dieu qui donnera la victoire ».

C’est parce que la France est le royaume de Jésus-Christ qu’avant d’entrer en campagne, elle écrit au roi d’Angleterre, lui demandant d’évacuer le sol de France. Et quelles raisons en donne-t-elle? Que c’est la volonté du Roi du ciel... « Prince de Bourgogne, écrira-t-elle aussi à Philippe le Bon, je vous supplie de ne pas guerroyer contre le saint royaume de France. Ceux qui portent la guerre dans le saint royaume de France le font contre le roi Jésus ».

C’est parce que la France est le royaume de Jésus-Christ que l’étendard de Jeanne est un emblème religieux beaucoup plus que guerrier. Elle y fait broder l’image du Christ bénissant un lis que lui présente un ange. Et encore la scène de l’Annonciation. Et ces deux mots : Jhésus-Maria ! Et cet étendard, où s’affirme le sens religieux de sa mission, elle l’aime, dira-t-elle, « quarante fois plus que son épée ».

C’est parce que la France est le royaume de Jésus-Christ qu’un jour elle veut que soit officiellement reconnue cette appartenance. Vous connaissez cette scène curieuse... La Pucelle prie le roi de lui faire un présent, de lui offrir en propre son royaume. Le prince, étonné et hésitant, le lui accorde néanmoins. La charte de donation est dressée par quatre notaires. Et Jeanne, avec un sourire, dit à l’assistance : « Voilà maintenant le plus pauvre chevalier du royaume! » Et aussitôt, ce royaume qui vient de lui être donné, elle le remet entre les mains de Jésus-Christ. Enfin elle en réinvestit le roi Charles. Et, de tout cela, elle veut qu’un acte solennel soit dressé... C’est clair, c’est significatif : dans la pensée de Jeanne, le roi très chrétien n’est que le lieutenant du vrai roi de France, qui est Jésus-Christ.

C’est parce que la France est le royaume de Jésus-Christ qu’elle, Jeanne, au-dessus de tous ses soucis de chef de guerre, garde cet autre soucis que ses Voix ont déposé au plus profond de son cœur : d’être bonne, d’être pieuse, d’aimer le Seigneur Dieu... Ah! comme elle leur obéit! Ses oraisons, même en campagne, sont longues et ferventes. Elle se confesse presque tous les jours, nous dit frère Pâquerel, son chapelain. A moins d’impossibilité, chaque matin elle assiste à la messe. Elle communie très souvent. La veille des jours où elle doit livrer bataille, elle jeûne, elle abrège sa nuit, elle veille, pour multiplier sa prière.

Et c’est enfin parce que la France est le royaume de Jésus-Christ que, comme elle est elle-même bonne chrétienne, elle veut que la France, pour mériter son salut, soit pareillement bonne chrétienne... Elle appelle à l’aide le peuple fidèle des villes qu’elle traverse : « Vous, prêtres et gens d’Eglise, faites processions. Et vous, bonnes gens, faites prières à Dieu ». Elle veut que ses soldats soient en état de grâce. « Ce sont les péchés de ceux qui combattent, dit-elle, qui perdent les batailles... Frère Pâquerel, il faut convertir nos soldats ». Et ceux-ci se confessent sans vergogne, promettent de ne plus blasphémer, de ne plus piller, de ne plus pécher avec les ribaudes qui suivaient l’armée, et que Jeanne pourchasse impitoyablement.

Armée de saints? Non pas. Ces rudes soudards ne seront pas si facilement délivrés de leurs vices. Mais ils auront repris conscience de leur âme ; mais ils auront, s’ils doivent demain tomber dans la bataille, le cœur en paix ; mais ils mériteront mieux, en guerroyant, que Dieu donne la victoire.

Je m’en tiens à ces quelques traits. Il y en a d’autres, surabondants, et qui tous nous affirment et nous prouvent que la France que Dieu a voulu sauver par Jeanne, c’est la France chrétienne, et aucune autre France. Ce fut la foi de Jeanne. Que ce soit notre foi : la France, c’est le royaume de Jésus-Christ. La France doit redevenir le royaume de Jésus-Christ. La France ne sera sauvée dans ses périls, elle ne sera prospère, heureuse, glorieuse, que si elle redevient et demeure le royaume de Jésus-Christ.

 

 

II

La seconde leçon que nous donne Jeanne, c’est une leçon de dévouement total et d’intrépidité.

Regardez tout ce qu’elle va donner d’elle-même à sa mission.

Elle donne son abnégation.... A Domremy, en ce jour dépouillé d’hiver, où son dernier baiser à son père et à sa mère a dû se retenir d’être trop tendre, pour ne pas leur laisser deviner que c’était un baiser d’adieu, elle n’a pas faibli. « Quand bien même j’aurais eu cent pères et cent mères, je serais partie ».

Elle donne son empressement... A Vaucouleurs, devant les atermoiements de Baudricourt, qui ne se décide pas à lui donner l’escorte qu’elle réclame : «Vous tardez trop à m’envoyer », lui reproche-t-elle. Et à Jean de Metz qui lui demande : « Quand voulez-vous partir? - Plutôt aujourd’hui que demain. Plutôt demain qu’après ».

Elle donne sa fermeté... Pendant la campagne, plus d’une fois ses compagnons d’armes, vieux capitaines pleins d’expérience contrediront ses plans. Mais elle, éclairée par ses Voix, leur tiendra tête. « Vous êtes allés à votre conseil, leur dira-t-elle. Et moi aussi, je suis allée au mien. Sachez que le conseil de mon Seigneur s’accomplira, et que le vôtre périra ».

Elle donne sa vaillance... Ce n’est pas de loin qu’elle dirige le combat, elle s’y élance. Ici, le jour de l’attaque des Tourelles, l’assaut, entrepris dès l’aube, reste encore vers midi sans résultats. Vers une heure, Jeanne saisit une échelle et court la dresser contre le rempart. Une flèche l’atteint à l’épaule. Le sang coule et la douleur la fait pleurer. Mais, se dominant, elle arrache elle-même le fer de la blessure, se fait sommairement panser. Puis, entendant les trompettes de la retraite que Dunois fait sonner, elle bondit et ramène les hommes au combat. « Quand vous verrez flotter mon étendard sur la Bastille, ruez-vous, elle est à vous ». Et bientôt sa bannière claque au vent sur le rempart. « Tout est vôtre, enfants, crie-t-elle, entrez ». Le soir de ce même jour, Orléans était délivrée.

Et il en sera toujours ainsi : Jeanne suprême chef de guerre, mais aussi Jeanne la première dans la mêlée. Alors, il ne faut pas s’étonner qu’on ait chevauché de victoire en victoire, que le dauphin ait pu être sacré à Reims, et que le peuple émerveillé ait crié sa joie reconnaissante à la fois au ciel et à la terre : « Noël à Jésus-Christ!... Noël au roi!... »

Et puis, après ces triomphes, lorsque viendront les jours sombres, admirez ce que Jeanne continuera de donner à sa cause sa force d’âme, sa constance, son intrépidité.

Intrépide, elle le fut devant la trahison... Quand, sous les murs de Compiègne, elle vit tomber la herse de la porte et se redresser le pont-levis, tandis qu’elle restait, avec quelques-uns des siens, coupée dans sa retraite. Mais ses Voix l’avaient doucement préparée : « Avant la Saint-Jean, lui avaient-elles dit, tu seras prise. Mais prends tout en gré. Dieu t’aidera ».

Intrépide, elle le fut dans sa prison... A Rouen, elle fut d’abord enfermée dans une abominable cage de fer. Puis attachée par une chaîne fixée au mur. Et, pendant des mois et des mois, livrée à la dérision et à la cruauté de ses geôliers.

Intrépide, elle le fut dans ses abandons... Elle souffrit, ne sachant plus rien d’eux, du délaissement de ses amis... Elle souffrit surtout de la privation de la sainte Eucharistie. Elle supplie ses juges, avec des accents poignants, de la lui accorder. Mais ceux-ci restent inexorables. Seules, ses Voix viennent la réconforter.

Intrépide, elle le fut devant ses juges... Représentez-vous cette assemblée de cinquante docteurs bourrés de science, ces interrogateurs pleins d’astuce, ce président de tribunal qui est un vendu... Et, en face, cette jeune fille de dix-neuf ans, sans avocats pour la défendre, qui est seule, toute seule... Et cependant, quelle maîtrise! On lui pose les questions les plus difficiles et les plus déloyales. Elles ne l’embarrassent pas. Et c’est, sur ses lèvres, le continuel jaillissement d’une sagesse qu’eussent enviée les plus savants clercs... Et quelle constance aussi! On conteste la réalité de ses apparitions. Mais elle continue d’affirmer qu’elle a bien vue, de ses yeux corporels, saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite. Jamais elle ne se démentira.

Intrépide, elle le fut enfin dans son supplice... Et c’est celui qu’elle avait redouté par-dessus tout, le bûcher...

En ce matin du 30 Mai, elle a supplié une dernière fois ses juges : « Oh! donnez-moi les sacrements de Pénitence! Et la très sainte Eucharistie! Il y a six mois que je l’attends! » Et tout de même, ce jour-là, ils n’ont plus osé la lui refuser.

Et maintenant, voici le bûcher. Et voici la flamme... La flamme qui s’allume, hésite, s’élève et retombe... La flamme qui avance, recule, revient, approche... La flamme dont l’haleine chaude n’est encore qu’une caresse... Puis la flamme qui bondit, atteint et mord... La flamme qui enveloppe, qui étreint, qui consume, qui détruit.

Mais au-dessus de la flamme méchante, une voix très pure élève deux grands cris. D’abord un suprême témoignage : « Non, mes voix ne m’avaient pas trompée. Ma mission était de Dieu ». Puis cet appel : « Jésus! Jésus! Jésus! » Et c’est le Seigneur Jésus qui lui ouvre son paradis.

Je n’ai pas besoin de conclure. Jeanne nous a donné elle-même les deux leçons les plus opportunes dont nous ayons besoin : une leçon de foi en la royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ ; une leçon de dévouement total à cette chère et grande cause. Oui, il faut que nous soyons prêts à lui donner tout notre esprit, et tout notre cœur, et nos forces jusqu’à l’usure, et notre vie s’il le fallait. Je n’ajouterai plus qu’un mot, en confirmatur de tout ce que je vous ai dit... Comment dans cette ville, après avoir évoqué sainte Jeanne d’Arc, ne pas retrouver aussi le souvenir de ce fils d’Orléans qui l’a tant aimée, et si bien comprise et exprimée, notre cher Péguy. Même quand il imagine, on sent qu’il reconstitue des choses vraies. Eh bien! Péguy prête à notre sainte Jeanne d’Arc, après qu’elle a rendu le royaume de France à son roi, qui n’est que le lieutenant de Jésus-Christ, Péguy, dis-je, lui prête le rêve d’une immense entreprise pour rendre aussi à Jésus-Christ le royaume de la terre entière. Et il nous la montre obsédée par cette vision du monde tel qu’il devrait être, tel qu’il faut le refaire, tel que vous voulez travailler à le refaire, chers militants de La Cité Catholique. Et il met sur ses lèvres cette prière à Dieu, qui me paraît si merveilleusement en harmonie avec votre idéal que, n’est-ce pas, vous la ferez vôtre, et que vous aussi, avec Jeanne, vous direz à Dieu:

« Terre vous soit rendue, toute la terre qui vous est due,

Comme le ciel qui vous a toujours appartenu.

Que toute humanité vous aime comme un père.

Que toute humanité vous aime d’un seul cœur.

Que la terre soit un commencement de ciel, fasse un commencement du ciel.

Que la terre, votre terre enfin, soit comme un avant-goût, fasse donner comme un avant-goût de votre ciel, cela, c’est permis; ce n’est pas défendu ; nous y avons droit ; c’est même commandé dans la prière.

La terre est comme les marches de l’église. Elle est pour monter au ciel comme les marches de l’église sont aussi pour monter et entrer dans l’église. Nous avons le droit que la terre soit le seuil de votre ciel.

L’entrée de votre ciel ; l’entrée du porche pour monter et entrer dans votre ciel ».

Ainsi soit-il.

Monseigneur GEGOUT.