Association Universelle des Amis de Jeanne d'Arc



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Fondée en 1953.

Le général Weygand en assure dès le début, une présidence d'honneur active et efficace.

 

But de l'association

Présenter une image complète et exacte de Jeanne d'Arc dans un esprit strictement culturel

Son action Recherche, Diffusion Liaison avec les pays étrangers


Compagnon de Jeanne d'Arc : Xaintrailles
Jeudi, 05 Avril 2012 12:04




COMPAGNON DE JEANNE D’ARC : XAINTRAILLES



Gascon ! Cadet ! – Conditions suffisantes pour se lancer tôt dans la carrière des armes qu’il mènera longtemps, vaillamment, efficacement, à la pointe de la lance et à celle de l’épée.



Mais pas à celle de la plume d’oie car, s’il signait ses lettres et ses actes, il n’avait jamais appris à lire ni à écrire.



Au XIème siècle, le nom de sa famille apparaît déjà dans un contrat mais c’est à partir du XIIIème que la filiation pourra être régulièrement suivie.



Au cours du temps, ce nom patronymique, parallèlement à celui du lieudit, évoluera par altérations successives de Sancta Eulalia ou Sainte Eulalie à Xaintrailles, le culte de la sainte s’étant peu à peu et localement éteint.



Précédemment ballottés comme la plupart des seigneurs gascons dans ce monde féodal entre la mouvance capétienne et l’anglaise, à la fin du XIIIème siècle les seigneurs de Xaintrailles se reconnaissaient vassaux du roi d’Angleterre. Mais après 1350, Xaintrailles figurera parmi les seigneurs du Bordelais et du Bazadois qui tiennent le parti du Sire d’Albret et, avec lui, celui du roi de France, toute ambiguïté ayant disparu.



Le père, Fort-Sanche de Xaintrailles, aura de sa femme Edie de Roqueys, issue d’une vieille famille de l’Entre Deux Mers, deux fils et trois filles.



Pourquoi prénommera-t-il Jean chacun de ses deux fils ?



Toujours est-il que nous lisons au début du testament de 1461 :



« ….. Jo [moi], Johan de Sentralles, vulgairement nomma Poton, maréchal de France…. »



Ainsi l’aîné conservera t-il son prénom de Jean et le cadet sera plus connu sous son surnom de Poton, qui figurera même sur son sceau de maréchal.



Jean Seigneur de Xaintrailles, l’aîné dont on parle rarement, participera longtemps aux mêmes engagements que son frère.



Il sera de l’affaire de Coucy, rejoindra Orléans au tout début du siège et prendra part à toute l’épopée johannique et à ses batailles jusqu’à Reims.



Il sera tué en 1432 à Lagny au cours d’un combat qui visait au ravitaillement de la ville.



En 1431 et 1432, en effet, les Anglais conduits par le duc de Bedfort assiégèrent Lagny trois fois, en pure perte mais ils laissaient le pays désolé.



Poton, donc, naît vers 1400 au château de Xaintrailles (1), qui domine un vaste paysage de vignes, de cultures et de bois qui, en pente douce sur une centaine de kilomètres, descend vers l’ouest jusqu’à l’Océan.



A 18 ans et déjà flanqué de son inséparable ami Etienne de Vignolles, de dix ans son aîné et célèbre sous le surnom de La Hire, vraisemblablement dû à son tempérament, il lève une troupe d’hommes d’armes et s’enrôle sous la bannière d’Armagnac.



Dès ses débuts, il s’illustre sur les champs de bataille ou en combat singulier mais il connaîtra aussi plusieurs fois l’infortune d’être prisonnier.



Son premier fait d’armes en 1418 fut de reprendre aux Bourguignons le château de Coucy, avec son frère Jean et La Hire.



Pierre de Xaintrailles, un parent capitaine du château, « … fut trahy et livré à son ennemy par une sienne chamberière qu’il avait servante en sa maison comme je diray maintenant. En ce chasteau estoit prisonnier ung home cogneu à celle chamberière natif du mesme pays que la femme estoit…. ».

(Mer des chroniques et mirouer historial de France. Paris 1519, feuillet 256).



Après Verneuil (1424), où il fait preuve d’un grand sens tactique, regroupant les débris de l’armée française écrasée, il s’enferme dans Orléans, dernier verrou contre la poussée anglaise.



En 1427, il participa avec La Hire, le 5 septembre au seul succès français de l’époque : la délivrance de Montargis menée audacieusement par le Bâtard d’Orléans.



Entre deux batailles, sa renommée aidant, il se convertit parfois à la diplomatie. Avec Etienne de Vignolles, il se rend chez le Roi de Bourges pour l’exhorter à prendre enfin la tête de ses armées. Les « Vigiles de Charles VII » racontent avec quel luxe le Roi pouvait alors recevoir :

« un jour que Lahire et Poton le vinrent voir, pour festoiement n’avait qu’une queue de mouton et deux poulets tant seulement ».

C’est encore Xaintrailles, en raison notamment de l’estime qu’avait pour lui le duc de Bourgogne, que le Bâtard d’Orléans envoie à Philippe le Bon après la défaite de Rouvray (12 février 1429) à laquelle Poton a pris part à la tête d’un petit détachement.



Il lui offre de prendre sa ville en séquestre, à condition que l’Anglais accorde l’ « Abstinence de guerre ». Le Bourguignon accepte mais le duc de Bedford, courroucé de voir lui échapper le bénéfice de l’affaire, refuse. Philippe, vexé par la réponse peu amène du régent et surtout de s’être vu évincer, retire ses troupes et celles du Comte de Luxembourg du siège d’Orléans, le 17 avril.



Heureux résultat, quand même, qui allège déjà la pression sur la ville.



Dès le début du siège d’Orléans, Jean et Poton de Xaintrailles sont présents.



Le 12 Octobre 1428, ils combattent Salisbury, qui s’emparera finalement des Tourelles.



Il ne survivra guère à sa victoire, puisqu’en fin de journée, examinant de la fenêtre d’une tour l’enceinte de la place, il est mortellement frappé au visage d’un éclat de boulet.



Au cours de cette bataille des Tourelles, un des deux frères a reçu une grave blessure. Mais lequel ?

Selon la source retenue, l’un comme l’autre est cité.

De toute façon, Poton en a reçu tellement qu’il est difficile de les dénombrer.



En tout cas, Poton vient de Blois avec Jeanne d’Arc, escortant le convoi destiné à Orléans le 28 Avril 1429.



Il sera désormais de tous les combats avec la Pucelle, la précédant même parfois comme à Jargeau. Avec Dunois, Boussac, Graville, ils avaient l’intention d’enlever la place à Suffolk qui, venant d’Orléans, s’y était solidement installé à l’abri des énormes remparts et pouvait résister longtemps.



Leurs tentatives échouèrent et ils durent s’en retourner.



Peu après, la Pucelle était devant la place. Quelques coups de sa grosse bombarde ouvrent une brèche dans les fortifications.



Première à l’échelle, Jeanne se retrouve à terre pour avoir pris une pierre sur sa capeline. Antoine de Chabannes grimpe à son tour et mène  l’assaut jusqu’à la prise de la ville.



Suffolk, pris par un gentilhomme qui pourrait être un Vignolles, le plus jeune frère de La Hire, le fait chevalier sur le terrain et ainsi, d’égal à égal, se rend à lui.



A la sommation préliminaire de Jeanne aux défenseurs, les Anglais avaient répondu en demandant quinze jours de suspension d’armes.



Puis Suffolk avait tenté de traiter avec La Hire et même avec d’Alençon, espérant gagner du temps et permettre l’arrivée de renforts.



Mais, une fois fait le premier pas en faveur de la paix, Jeanne s’était montrée ferme devant les manœuvres dilatoires et avait résolu en une journée le problème de Jargeau.



Après toutes les campagnes d’Orléans, de la Loire, du sacre, de Paris, je n’ai pas trouvé confirmation de ce que Xaintrailles ait été présent à Saint Pierre le Moustier et à La Charité, bien que l’opération ait, en titre, été commandée par le Sire d’Albret (frère utérin de La Trémoille), à qui Poton se joignait souvent.



Comme d’Alençon à Jargeau, d’Albret avait la recommandation expresse de conformer ses décisions aux avis de Jeanne d’Arc, ce qui lui était facile car, devenu son compagnon d’armes depuis Orléans, il avait pour elle une véritable vénération.



Lorsque Jeanne d’Arc combat Franquet d’Arras à Lagny en Avril-Mai 1430, Xaintrailles est avec elle.



Dans la bataille, Poton se tenait constamment aux côtés de Jeanne. Ferraillant toujours, il ne la perdait pas de vue, prêt à la protéger.



Pourtant, à Compiègne ils seront submergés tous les deux et Xaintrailles sera fait prisonnier avec la Pucelle.



Si le plus clair de son temps se passe sur le champs de bataille, Xaintrailles participe aussi aux cérémonies importantes et assure de nombreuses responsabilités. Présent au sacre, il est nommé ce jour là écuyer d’écurie du roi. Il progressera dans cette voie et assurera même le rôle de grand écuyer, poste non pourvu. Mais depuis le 17 Juillet 1429, sa nouvelle fonction l’amène à siéger au Conseil Royal où il soutient  énergiquement les vues de Jeanne d’Arc contre les politiques et les timorés.



Le sinistre épilogue de l’épopée johannique à Rouen en 1431 bouleverse Xaintrailles, qui n’en continue pas moins à guerroyer surtout contre l’Anglais.



Pourtant en 1435 il prend la tête d’une bande d’écorcheurs, position assez prisée à l’époque, semble-t-il, puisqu’on y retrouve, entre autres, La Hire et Antoine de Chabannes.



Poton de Xaintrailles est nommément cité par le roi lorsque celui-ci enjoint aux Ecorcheurs d’arrêter leurs méfaits.



En 1453, il opérait en Médoc lorsque le 17 Juillet Richemont, connétable de France, livra la bataille de Castillon, terme de la Guerre de Cent Ans.



Il s’opposait au grand capitaine anglais, Talbot qui fut tué dans l’engagement, avec son fils.



Adversaire très estimé de Xaintrailles, qu’il avait combattu à de nombreuses occasions, celui-ci pleura lorsqu’on lui apprit la nouvelle.



Parmi quantité de charges et de titres importants le plus glorieux pour Poton fut d’être fait Maréchal de France par le roi.



Marié vers 1437 a Catherine Brachet dame de Salignac (en Limousin), il n’en eut pas d’enfant. Il partagea ses biens entre elle, sa sœur Germaine Béatrix de Xaintrailles, et différents neveux.



La bibliothèque Nationale conserve le testament de Xaintrailles, rédigé en 1461 et dont un passage est cité au début de cet article.



Il est écrit par un notaire royal, signé de l’intéressé et comporte vingt-trois page.



Ce document révèle sa foi très vive, son immense charité et son esprit de justice, son amour du pays natal, son goût du faste et la fierté de sa maison et de sa race.



Les collections du château de Versailles contiennent un beau et grand tableau représentant Xaintrailles.



Mais en 1834, le peintre Monvoisin avait-il les éléments pour faire un portrait ressemblant ?



Un autre tableau, plus ancien, montre Poton, gouverneur du Château Trompette à Bordeaux à la fin de sa vie.



Le Château Trompette (ou Tropeyte) a été construit par Charles VII, après la réunion de la Guyenne à la couronne, pour surveiller Bordeaux dont les sentiments anglophiles l’inquiétaient encore. Il a été démoli lors des travaux de fortification de Vauban.



A son emplacement, a été aménagée la place des Quinconces actuelle.



Xaintrailles est mort le 7 octobre 1461 et il est enterré dans l’église des Cordeliers à Nérac.





J. de  La Ville Baugé.



(1)   Superbe ensemble monumental dans l’agglomération de Xaintrailles et toujours propriété privée de nos jours.

Xaintrailles est à 30 km à l’Ouest d’Agen et à 15 km au Nord-Ouest de Lavardac, son chef-lieu de canton.





Sources :

-         Henri Wallon – Jeanne d’Arc – Arnaud de Vesgre – 1998

-         Marius Sepet – Jeanne d’Arc – Jean de Bonnot – 2002

-         Colonel de Liocourt – La Mission de Jeanne d’Arc – Tome II – Nouvelles Editions Latines 1974

-         R. Pernoud et M.V. Clin – Jeanne d’Arc – Fayard 1996

-         Jean-Claude Colrat – Les Compagnons d’Armes de Jehanne la Pucelle et du Siège d’Orléans – Le Briquet (Amicale des Collectionneurs de figurines historiques du centre Loire) 2, cloître Saint Pierre le Puellier 45000 Orléans.

http://perso.wanadoo.fr/jeanclaude.colrat/plus.htm

-         Maie-Paule Renaud – Jeanne d’Arc à Melun et en Seine-et-Marne – imprimé par La Main SAS Melun – 2002

-         Pierre Eberhart – Le pays de Lagny – Pays de Seine et Marne – Presses du Village C. de Bartillat

-         N.N. Bouillet – Dictionnaire Universel d’Histoire et de Géographie – Hachette – 1871

-         Revue des Amis des Côtes de Buzet – n° 8 – Printemps 1967 – article de Maurice Luxembourg – Agrégé d’histoire – secrétaire perpétuel de l’Académie d’Agen.